CQI 579/04.12.2017/17h56

Je passe devant ce café : un homme est juste à l’entrée, dehors, en simple petit pull, il fait froid. Il fume sa cigarette et semble sorti d’une autre époque. On dirait Marcel Bozzuffi dans les années 60. Sans doute suis-je influencé par le Deuxième souffle, revu récemment, mais c’est ce hasard qui me saisit, alors que je passe là souvent, faire face à ce « personnage » que jusque-là je n’avais pas vu. Ou alors c’est le film qui me le révèle enfin… Et puis peut-être que je m’étonne aussi de ressentir ce décalage temporel sur une place qui pourtant s’est adaptée par ailleurs aux esthétiques de l’époque. Je trouve la scène émouvante, y compris quand l’homme rajuste sont pantalon et entre soigneusement son pull à l’intérieur de celui-ci, au mépris des looks actuels. Cela me donnerait presque envie d’entrer là boire un café, si j’en avais le temps…

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CQI 579/01.12.2017/

Il m’arrive ce matin de tomber comme dans un gouffre, quand ma mémoire subitement décide de plonger dans un passé enfoui qui ressurgit alors avec une acuité renversante. Les années qui me séparent de l’instant comme de nouveau vécu prennent une densité angoissante. Une voix il n’y a pas si longtemps avait lancé « j’espère que nous n’attendrons pas trente ans pour nous revoir« , en référence au temps séparant deux rencontres, dont je n’étais pas, mais la phrase m’est restée. Comme une énonciation simple de ce grand paradoxe : les interminables années ne sont finalement rien. Mon saut matinal dans un temps lointain, alors même que pourtant tant de souvenirs ont sombré dans l’oubli, a brisé quelques repères. Et pourtant quand je repense seulement à ces journées vécues une année en arrière, déjà je saisis combien tant de bouleversements ont eu lieu, de visages ont disparu ou pris d’autres chemins. Il m’arrive ce matin de ne pas voir devant, mais ça ne durera pas.

CQI 577/23.11.2017/

La douceur du jour nous fait perdre nos repères. Il en est pourtant certains que nous aimerions garder. Je n’aime pas trop ce vent, j’allais dire douceâtre, mais on ne dit pas cela d’un vent. Je ne le sens pas franc à sa manière de se glisser sous les vêtements sans provoquer le moindre frisson. Comme s’il voulait amadouer avant la tempête dont nous ne nous remettrons pas. Hier le ciel était rose, bien plus que l’avenir.

CQI 576/16.11.2017/

Je me suis assis comme loin de tout. Il fallait ça. Mes errances matinales sur les réseaux et les infos du jour me donnent ce vertige devenu quotidien. Parfois il me semble que tout est perdu, qu’il est trop tard maintenant, en voyant l’état du monde. Mais mes enfants passent par là et cette idée me fuit vite, la honte me submerge. Alors je crois encore à un possible. Je ne mets plus d’autres mots, l’article indéfini un et ce mot, possible, dont j’aime l’ouverture même si elle reste malgré tout étroite.

Mais il est l’heure de partir à la manif…