Qu’est-ce que je fous à la fourrière ?

A minuit passé nous sortons de chez des amis et marchons tranquillement jusqu’à notre voiture. Nous arrivons au bout de la rue… Tiens, comment se fait-il que nous soyons au bout de la rue ? On s’l’est fait tirer c’est ce qu’on se dit tout de suite. Retour chez nos hôtes d’un soir, qui vont devoir nous ramener chez nous. Puis on se dit qu’il faut peut-être aller voir nos amis policiers pour signaler la disparition et éclaircir la chose. On laisse les enfants et filons tous les deux à la Police nationale, pas très loin. Là, dans ce batiment flambant neuf nous trouvons deux femmes en uniforme. La première est sympathique, douce, face à nous, nous écoute, nous explique. L’autre est bourrue, vulgaire, cachée dans le bureau juste derrière et nous crie ce qu’elle en pense. Notre voiture est à la fourrière ! Nous étions garé devant un beau stationnement interdit annonçant un déménagement. De nuit ? Nous nous interrogeons. « Il faut lire les horaires ! » nous crie devinez laquelle. L’objectif était donc de « poser » le camion loué, sur l’emplacement où nous étions, la nuit, pour l’avoir le plus tôt possible le lendemain matin… Évidemment. Nous étions deux à ne pas savoir lire les panneaux nous dit-on, deux voitures à la fourrière (et non pas à Fourvière, qui avait cette manie de confondre les deux mots ?). Dernière explication : il faudra passer le lendemain au poste de police, municipale cette fois, avant d’aller à la fourrière qui est située dans une certaine rue Geoffray.

Samedi matin donc, je pars à 8h15, sachant que je devrais être au boulot à 9h30, grand maximum 10h. Je passe voir nos amis policiers municipaux qui, après avoir rempli un document officiel et fait payer 119€ (en chèque, pas de carte bleue), me renvoient au garage qui gère les enlèvements de voiture pour eux rue Geoffray… Arrivé là-bas, je regarde toutes les voitures, c’est impressionnant le nombre qu’il y a sans un si petit espace… Mais étrangement la mienne n’y est pas… La « gentille » dame qui est là, un peu confuse, ne comprend pas ce qui se passe mais il faut que je me rassure le patron va arriver… Deux autres personnes attendent avec moi : leurs voitures sont bien là mais coincées derrière d’autres et du coup, encore, il faut attendre le patron… Prise de remords, la gentille dame essaie d’appeler un autre dépôt, à Cusset… Pas de réponse… Les minutes passent, je commence à me dire que je vais appeler les collègues pour leur signifier mon retard. Ah ! Le patron arrive (après 20 bonnes minutes). La kangoo elle est là ! Et il m’en montre une orange, perdue au fin fond de la cour. Ah non, la mienne est rouge. Rouge ? Non, non pas de kangoo rouge ici, il faut que vous alliez à la police municipale. Arrrghh, je lui explique que j’en viens et que ce sont eux qui m’ont envoyé ici… Du coup la gentille dame appelle la police qui dit « enquêter », évidemment, et va rappeler. Pendant ce temps le patron entreprend mollement de déplacer les voitures qui gênent pour les deux personnes qui attendent. Il installe des supports à roulettes — qui certainement doivent avoir un nom — sur les quatre roues. Son collègue, arrivé entre-temps, lui demande d’attendre, il faut enlever la vitesse. Il se glisse donc pour cela sous le véhicule mais cela ne dérange pas le patron qui fait mine de déplacer le véhicule. Attends, attends ! L’autre est quand même dessous. Les minutes passent, et devant ce spectacle, je dis à la gentille dame que je vais aller directement à la Police (nationale, celle qui a géré la veille l’enlèvement de notre voiture à 23h55 alors que nous avons dû descendre vers 0h20 il me semble) et que si elle a des nouvelles elle m’appelle sur mon portable. Arrivé devant les magnifiques locaux flambant neufs de la Police, je reçois son coup de fil : elle m’explique que la voiture est à Vaulx-en-Velin. J’entre quand même chez les flics pour avoir l’adresse précise. Il y a une dame devant moi qui a perdu son permis de conduire. L’armoire à glace qui s’occupe d’elle me dit bonjour, je m’approche. Il y a une ligne Monsieur !, Ah, pardon, je recule donc derrière la ligne, fraîchement accueilli. Dites, Madame, c’est la deuxième fois que vous perdez votre permis, un permis ça se garde dans son portefeuille, vous faites du trafic ou quoi ? Non, monsieur l’agent, je vous jure, je suis honnête, je n’ai jamais eu d’ennuis avec la loi, vraiment, non, je suis honnête… Au bord des larmes. Elle s’en va, me jette un coup d’œil avec un air de « non mais ! ». 
Quand même… C’est mon tour, je réexplique qui je suis… Une policière cachée derrière la vitre, comme la veille, mais en plus aimable, marmonne… Quoi ? Mais ils ne vous ont pas donné l’adresse, pffff, n’importe quoi ! C’est que je n’ai pas Internet moi, comment je vais la trouver ? Ah, j’ai les pages jaunes… Attente. Elle téléphone au garage concerné. Vous êtes fermé ? Aaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhhhhhh ! D’accord, avant midi !. Ouf… J’ai maintenant l’adresse, rue Sigmund Freud à Vaulx en Velin… L’armoire à glace semble connaître. Vous prenez le 52 ou 51 et vous descendez au commissariat, c’est à côté. Non, encore un commissariat ! Je me renseigne quand même via Lise au téléphone qui cherche sur le site des TCL, qui indique bien sûr un autre bus… Arrivé là-bas je joins S (après plusieurs tentatives, l’accueil de la MLIS ne répondant pas) pour lui dire que je me balade en banlieue. Bien sûr je ne trouve pas la rue donc nouvelle télé-maintenance et cette fois c’est bon je finis par trouver Sigmund. Le garage est en travaux, je ne peux entrer par le bureau, c’est ce que me crie un gars qui actionne une perceuse de l’autre côté du mur. Je me dirige donc vers le grand portail… qui s’ouvre. Là, immense garage, quelques barbus et le patron qui m’accueille. Ma voiture est derrière une grosse bagnole au pneu crevé qui apparemment a été volée. Un autre gars « gentil » arrive avec les papiers concernant ma voiture. Le patron lui montre son pied. T’as vu, c’est du 42, qu’est-ce que t’as foutu, c’est normal que le client attende ? Si c’est pas moi qui t’en met un ça va être lui ! Il me désigne… Euh, bon si on allait régler ce que je vous dois ? Ah, ces jeunes j’vous jure ! On va dans son bureau, qui n’en est pas un, tout est en travaux. On ne peut payer qu’en carte bleue, 114,60€. Tiens, 4,40 € de moins que chez les flics. Pourquoi cette différence, il n’en a aucune idée, en tout cas je dois le payer lui et aller récupérer mon chèque à la police municipale car lui ne travaille pas avec eux… On l’appelle quand le garage de Villeurbanne ne répond pas. Il m’explique que le patron de celui-ci est « out », qu’il fait n’importe quoi depuis qu’il a perdu sa femme il y a deux mois. Il me décrit aussi en détails tous les travaux qu’il est en train de faire… Alors vous voyez, tout ça c’est pour les clients, on va isoler, on va chauffer, mettre une machine à café, c’est pour les clients, quand ils attendent le taxi, tiens il faudra que je protège la machine avec toute cette poussière, c’est pour le confort du client, nous on va les chercher et ils attendent là, parfois la nuit, alors, pour le client quand même c’est mieux, les travaux c’est pour eux, il y aura un accès handicapé aussi, bon alors je ne peux pas vous faire de facture puisqu’on est fermé il faudra venir la chercher en début de semaine, je vous écris tout sur la papier vous pourrez le montrer aux flics pour qu’ils vous rendent votre chèque, tint il faudra que je fasse une ouverture ici pour passer directement les papiers au bureau. Nous retournons dans l’immense garage. Le gentil collègue finit par enlever la voiture qui bloque la mienne. Pendant ce temps un barbu, un vrai, fait ronfler le moteur d’une voiture tant qu’il peut. Ça y est je monte dans ma voiture ! Le barbu du début m’ouvre le portail… Il me fait un signe de tête entendu, comme si nous avions fait affaire… Il ne me reste plus qu’à aller récupérer mon chèque chez les flics villeurbannais. Quand j’arrive deux gars sont en train d’expliquer à un gamin qu’ils travaillent pour payer les amendes et la fourrière… Une femme-flic s’adresse à moi décidément je les attire. Je lui explique que je viens récupérer mon chèque après avoir passé la matinée à courir après ma voiture dans toute la banlieue. Je sens sur moi les regards lourds des deux gars qui du coup n’expliquent plus rien. Le policier du matin arrive, s’excuse douze fois et répète en boucle je vais détruire votre chèque je vais détruire votre chèque. Puis il s’arrête, me regarde et dit d’accord je vous le rends… Je pars avec un grand sourire en souhaitant une bonne journée à tout le monde sous le regard de plus en plus inquiet des deux gars. Je peux enfin aller travailler, il est presque midi, il ne me restera plus qu’à payer l’amende de 35€ posée sur le pare brise…