À la Vaulxtre (4)

Voilà. J’aurai vu Steve Coleman. Et il m’aura happé dans sa rythmique entêtante, épurée dans la formule du trio. Impossible de ne pas reconnaître ce son si particulier. Alors évidemment il manque peut-être un peu de chaleur ici, de communication. Les petites conversations d’après concert en témoignent. Mais en étant devant le visage de Sean Rickman, le batteur, délivre un peu plus d’indices d’un certain plaisir à jouer. Mais Coleman est dans son monde, et cela n’exclut pas malgré tout les autres, même s’il parait un peu autoritaire, presque entêté — jusqu’à refuser par exemple un rappel. Une fois sorti de scène, le trio ne réapparaîtra pas…

Auparavant Shabaka Hutchings avait illuminé la scène par cette rencontre avec des musiciens sud-africains, qui ne date certes pas d’hier mais qui là montrait un vrai respect, tout en retenue. Même les sourires de Shabaka étaient empreints d’une timidité émouvante. Le mélange des cultures ici se fond dans un ensemble qui parait d’une cohérence rare, symbolisé par l’accord parfait, par exemple, entre percussions et batterie. Il est facile de dire que cette écoute est tout simplement un vrai bonheur.

Je ne regrette pas la fatigue des journées qui suivent, quand il faut retourner au boulot (sur fond quand même de jazz… enfin pas que)….

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À la Vaulxtre (3)

Voilà qui ne nous rajeunit pas. Les cinquante ans du Workshop de Lyon… Les papys de l’Arfi sont sur scène, non sans une certaine émotion. Et toujours la joie d’être là, de jouer. De mon côté, l’envie un peu d’entendre autre chose aujourd’hui, et il manque peut-être la folie d’antan. Mais les projets sont toujours là, alors…

Avec Avishai Cohen, l’ambiance change. Le premier rang, juste devant, est peuplé de groupies soixantenaires rivées à leur téléphone, prêtes à prendre leur chouchou en photo. Quand l’artiste vient s’asseoir derrière le clavier et dévoile, de par une taille basse surprenante, son caleçon lui relativement sobre, la folie s’empare du rang, j’ai l’impression qu’elles cherchent à zoomer sur la partie la moins musicale de l’homme qui est là. La dame à côté de moi, du même âge, craque et leur dit d’arrêter. Il faut dire qu’elle voyait, de sa place, le concert davantage au travers des portables levés devant son nez pour de meilleurs angles… C’est que l’homme sur scène joue avec ça, se pose en une sorte de rock star — sans le rock, seul un petit blues est joué pour entretenir le doute. Mais il manque là encore un peu de folie, d’intensité, face pourtant à un public conquis d’avance, qui se lève avant les rappels, comme si face à eux se tenait un monument. Alors pour les remercier Cuba vient donner ce qui laissera le meilleur souvenir, un moment de communion dansée. Il demande à ce qu’on vienne près de lui, devant la scène. Le rang du devant bondit des sièges, les corps ondulent. Tout le monde ou presque est debout pour acclamer la star. Je repense aux papys de l’Arfi et aux années 70, en pleine effervescence créatrice. Je n’ai pas l’impression de voir, là, tout à fait la même chose.

À la vaulxtre ! (2)

Retour à Vaulx, pour une soirée encore bien différente et qui confirme la diversité bienvenue de cette programmation. Je croise quelques têtes déjà vues par ici, ou par là, car la soirée de ce soir attire aussi un autre public. L’Émeute Philharmonique de SEC a mis en place un dispositif étonnant, avec percussions au centre de la salle (en non de la scène) associé d’un côté à une grande chorale et de l’autre à des cuivres. Il est possible de passer d’un endroit à l’autre, de multiplier les points de vue (et d’écoute) au cœur de cette mise en scène étonnante. Le résultat est festif, sans être toujours joyeux, intense et émouvant. Il y a même comme une communion ici, presque un désir de révolution (plus que d’émeute), quelque chose qui crée des frissons.

La voix d’Antoine Mermet qui leur succède parvient parfois aussi à glisser sous la peau, dans une formation originale mais qui peut-être manque de montée en puissance et se répète un peu. J’étais frustré de ne pas sentir certains morceaux gagner encore en intensité alors même que tout semblait réuni pour que se produise une de ces explosions intérieures que seule la musique peut procurer. Mais le chemin est encore long pour eux. Cabaret Contemporain était ailleurs, leur « techno acoustique » se répandant lentement. Je n’ai pas réussi à réellement les accompagner, peut-être parce que je ne les « sentais » pas justement, je ne sentais pas le plaisir de jouer, comme si la répétitivité de ces morceaux empêchait cette communion que pourtant les SEC avaient su produire en début de soirée. J’en reviens à cette question souvent surgie au milieu des Nuits Sonores : comment sont vécues ces différentes musiques ? Qu’est-ce qui passe en nous et entre nous lors de ces concerts ? L’émotion est plus difficile à saisir peut-être avec les musiques électroniques… Et pourtant elles me parlent, et même je les ressens… A expérimenter encore.

À la Vaulxtre (1)

Une soirée bien contrastée dans ce beau festival. Naissam Jalal d’abord, et la délicatesse des sentiments, l’harmonie fine des instruments et des musiciens. Une flûte traversière qui porte soudainement bien son nom, tant ce qu’elle projette vient nous traverser d’émotions, fortes, et encore davantage quand un morceau est dédié au peuple syrien, et que chaque instant de musique évoque cette souffrance, ces douleurs, et en fait surgir des images. Une belle complicité émane de cet ensemble aux influences et origines variées. L’engagement est sincère, un solo de nay est lui dédié aux victimes de violences policières.

Le seconde partie est tout autre. Sauf du côté de l’engagement, puisque Marc Ribot, chantant (tiens !), dénonce clairement la situation aux Etats-Unis et la politique de Trump. Les trois musiciens développent un puissant rock dans un presque classique guitare/basse/batterie mais qui envoie une heure trente durant une sorte de rage qui fait dire un moment à Ribot que « seul le rock nous sauvera ». L’énergie est folle, Ches Smith, le batteur, démoniaque, et malgré leur position assise, Ribot et Ismaily, le bassiste, développent une musique qui là encore nous traverse, mais atteint davantage les tripes que le cœur, dans une sorte de complémentarité finalement avec la première partie.

Devant moi un couple assez âgé assiste d’abord médusé à ce débordement sonore inattendu. Puis les sourires détendent vite leurs visages. Et devant eux un autre couple beaucoup plus jeune s’agite, la musique les excite, à tous les sens du mot, elle semble développer tous leurs sens et agir directement sur leurs gestes. Pour Naissam Jallal, sur la même chaise, une dame âgée s’était laissée porter par les rythmes orientaux, dansant sur sa chaise… De beaux moments ici, sur scène et dans la salle…

CQI 498/25.01.2017/21h44-21h59

Le piano m’accompagne depuis quelques semaines. Une sélection de disques de l’ami T dont je ne parviens pas à me défaire. Il y a comme un apaisement et une certaine mélancolie dans beaucoup de ces œuvres aux origines et parcours pourtant bien différents. Cela m’aide souvent à penser, à repenser même, loin du tumulte quotidien. Et puis peut-être que simplement je ressens la vie, là, dans ces notes qui emplissent l’espace et viennent me toucher, effleurer ma peau aussi bien que foncer vers un intérieur qui ne demande qu’à vibrer. Je ferme les yeux pour mieux sentir le vent de cette musique qui me porte. Il arrive que l’on parle de voyage, de manière un peu maladroite, sans doute que par là on veut signifier combien les sensations peuvent transporter vers des sentiments qui n’existeraient pas sans ces sons-là. A tel point qu’il est difficile d’imaginer une vie sans musique, le corps dans son entier vibre, est musical.

C’est ici