CQI 558/14.08.2017/7h28-7h43

L’été passe comme chaque fois avec cette mauvaise manière de n’être déjà plus que ce qui a été. Les vacances prévues sont comme les souvenirs dont nous rêvons. C’est pourquoi j’aime tant revenir sur les images de ces instants vécus. Et que, même, prendre une photographie c’est comme anticiper mon regard futur sur ce moment, tenter de capter à l’avance l’émotion que cela suscitera. Souvent pourtant je me laisse surprendre par ce qui est ainsi saisi, et surtout par ce qui entre temps aura pu advenir et modifiera sensiblement ce que je pourrai ressentir ou dire devant cette image. Les histoires défilent ainsi sous mes yeux, reconstituées, oubliées, inventées, recomposées à l’aide d’une mémoire dont la fragilité de ce qu’elle construit et déconstruit quotidiennement ajoute au trouble de chaque nouveau jour, quand ce qui a été, insolemment, annonce une victoire inexorable sur ce qui sera.

CQI 557/12.08.2017/7h47-8h02

Le matin surgissent ces visages, et en particulier celui-ci que je ne reverrai plus. A peine sorti de cette nuit qui m’a fait parcourir d’étranges contrées imaginaires, dans lesquelles tout se mêlait, tous se mêlaient, je suis désorienté par ces images qui me viennent et me plongent dans une sombre réalité. Comme s’il fallait, les yeux à peine ouverts, que le réel impose ce qui est douloureux, me laissant une journée pour tenter de bâtir ce qui pourrait être beau, ce qui unit, ce qui me ferait rire, ce qui nous ferait rire ensemble. Seul dans mon réveil anticipé les souvenirs entament un étrange dialogue avec l’avenir, ils composent une base sur laquelle je sens que je peux m’appuyer, malgré toutes les douleurs. La construction en est paradoxale, mais à l’image de la vie.

CQI 555/16.07.2017/11h59-12h14

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Le ciel était souvent gris par ici. Comme si une volonté de ne pas laisser le bleu tout envahir était plus forte que tout, les changements perpétuels de temps devenant comme un principe. Partout s’opposent la nature et des traces humaines comme maladroites. Je crois sentir le poids d’une histoire qu’on cherche à dissimuler, ou à édulcorer, comme en passant la vision de ce bâtiment-musée autour des mines d’argent, aux formes qui évoquent tout sauf le travail d’un mineur. Mais ces maladresses sont touchantes, car malgré tout on sent qu’elles viennent d’une sincérité non feinte, exactement comme les coloris étranges choisis pour beaucoup de maisons dans les villages, des teintes qui rappellent celles de l’Alsace voisine mais sur des constructions pas du tout typiques, pas de colombages ici, aucun style particulier décelable, sans doute en raison des destructions liées à la guerre. Peut-être que tout simplement tout s’est fait naturellement, de la même manière qu’ici les gens parlent, ou vous regardent.

CQI 554/15.07.2017/11h22-11h37

L’objectif du jour, la flammekueche, a fini par être atteint. Après une escapade montagnarde qui forcément ouvrirait l’appétit, en partie sous une pluie comme chaque jour pas du tout prévue, la route des crêtes ouvre l’horizon et dévoile les beautés vosgiennes que les villages s’efforcent de désavouer. Mais nous sommes le 14 juillet et la fameuse brasserie artisanale La Géromoise, a décidé de ne proposer qu’un menu unique le soir, avant le fameux feu d’artifice qui sera tiré sur le lac. Point de flammekueche donc et le resto est plein, réservé depuis longtemps. Business is business, même dans l’artisanat… Nous finissons par trouver un autre lieu qui a décidé de ne rien changer à sa carte. Du coup l’attente est longue mais cela crée une ambiance plutôt chaleureuse parmi les affamés de la salle dans laquelle nous sommes. Nous oublions vite ceux qui, faisant fi de l’attente déjà à l’extérieur, se sont précipités sur la première table vide, au mépris de ceux qui étaient là avant eux.  La bagarre est évitée car d’autres tables se libèrent… Tout se finit bien, jusqu’au feu d’artifice, qui attire une foule considérable, et qui pourtant est rondement mené, en vingt minutes… La sortie de Gérardmer sera une autre paire de manche… Le temps de bien digérer et presque commencer sa nuit.

CQI 553/14.07.2017/9h32-9h47

Il ne s’agit pas ici d’avoir les doigts de pieds en éventail. Je garderai ça pour plus tard. Cette escapade en Alsace pour fuir l’humidité persistante des Vosges ne me déçoit pas. Kaisersberg, ce village, mais j’y serais resté des jours entiers à simplement flâner dans ces rues magnifiques où en plus se trouve tout ce qu’il faut pour des vacances réussies : munster, kougelhopf, tartes alsaciennes, et bien sûr quelques vins blancs fameux et quantité de bières artisanales, très développées ici aussi bien évidemment. Tout est comme inversé avec les Vosges : il fait beau et chaud, les villages sont splendides, mais la nature monotone. Il suffit de franchir la montagne, pas loin, pour saisir d’un coup ce contraste. Certes les Alsaciens on parfois un humour particulier, avec cette manie de mettre des culs de femme comme emblèmes des marques de bières, ou d’apposer dans les toilettes publiques — d’une propreté renversante —  des écriteaux précisant que la ville s’engage dans le développement durable en proposant une pissotière qui recycle les sodas, une autre la bière, une autre le Riesling etc. Je ne suis pas allé jusqu’à acheter cette bière appelée la Retrait de permis, ni ces verres qui déshabillent quand ils sont pleins les filles en maillots de bain représentées sur leur surface extérieure…  J’ai encore quelques progrès à faire…