CQI 584/12.12.2017

Pris dans la ruée quotidienne j’en oubliais presque de laisser mon regard se poser comme d’antan, sentir et ressentir, et enfin réfléchir. L’impression parfois de tout vivre comme ces déplacements dans la rue devenus automatiques, alors qu’il suffit de lever les yeux pour saisir un regard, une façade, un arbre qui la veille s’étaient bien gardés de se manifester tout simplement parce que je n’étais pas vraiment là. Je ne savais même plus trouver le mot juste, entre disponible et ouvert, libre et accessible. Comme si j’étais juste là, de passage, sans être sûr de laisser une trace, juste un léger déplacement d’air et tout est déjà oublié. Ce matin j’ouvrirai les yeux pour attraper un peu de vie, il y en a tant dans la tristesse de ce monde qu’il est urgent de la saisir davantage.

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CQI 583/11.12.2017

Petite descente en lumières, pas loin des enfers. La première image ce sont des policiers lourdement armés, et paumés, qui s’interrogent sur le nom de la rue dans laquelle ils stationnent. Un peu plus bas des barrières bloquent les rues, un seul passage possible, et fouille réglementaire. L’ambiance n’est plus légère depuis longtemps. La foule devient dense, les langues multiples, je vois des araignées au plafond, des bestioles gonflables. Et des façades illuminées avec plus ou moins de goût, surtout moins. Il semble que le concept ait du mal à se renouveler après toutes ces années. Et il manque de simplicité. Mais la foule est là. Difficile pourtant de ne pas ressentir un profond malaise en passant devant tant de personnes assises par terre, emmitouflées dans des couvertures à quelques mètres des vendeurs de vins chauds. Eux sont en enfer, loin des lumières…

CQI 582/07.12.2017

Ah je cours après ma pensée ce matin. L’impression parfois de ne plus avoir le temps de réfléchir, comme si les portes des pénibles pensées s’étaient refermées sur moi. Tout cela est négatif, je sais, noir c’est noir, c’est comme ça (erreur !), mais quand même je n’ai pas oublié de vivre c’est déjà ça. Je retiens que la nuit porte conseil, même si là c’est le matin, c’est vrai. En plus il fait froid et je n’ai même pas de quoi allumer le feu, c’est ça la vie moderne, en pleine fête des lumières en plus. Bref je vais aller demander conseil à mon ange gardien, Gabriel, que je t’aime…

CQI 581/06.12.2017/

Ce matin comme souvent une classe de collégiens passe dans la rue. Cette fois au lieu de sonner à l’interphone et d’accélérer ensuite le pas — je les observe un brin agacé de ma fenêtre — il hurlent un « allumez le feu  » qui résonne loin dans le quartier. Étrange comme cette génération qui ne connait pas grand chose de ce que nous écoutions, qui approchera peut-être plus tard pour certains quelques « valeurs sûres », a malgré tout retenu celui qui sans doute est davantage un personnage de la société qu’un artiste. Bien meilleur comédien d’ailleurs que chanteur. Et le problème c’est que maintenant ils me l’ont mis en tête… Vivement qu’ils sonnent de nouveau à l’interphone.

CQI 580/05.12.2017/

Une sortie toute ordinaire. Le froid qui saisit sitôt la porte de l’allée franchie. Je m’essaie à sentir le poids de chaque pas, comme en hommage au livreur me félicitant d’habiter si haut. Les efforts — les exploits ? — quotidiens sont si vite oubliés… Le marché grouille, un stand de fringues bon marché est même invisible derrière une foule amassée. La scène est d’autant plus marquante que ce vendeur est isolé des autres, à l’écart des étals des concurrents. Je poursuis jusqu’aux légumes, croise un caméraman faisant un énième reportage sur le marché, des étudiantes chinoises cherchant à identifier certains spécimens de fruits grâce à des reproductions. J’échange sur la froidure avec un marchand, plus supportable aujourd’hui qu’il n’y a pas de vent. Mon sac se remplit petit à petit. Le poids sur mon épaule augmente au fur et à mesure que ma monnaie diminue. Je finis par faire demi-tour et j’emprunte une rue parallèle plus calme. Une sortie bien ordinaire…