CQI 576/16.11.2017/

Je me suis assis comme loin de tout. Il fallait ça. Mes errances matinales sur les réseaux et les infos du jour me donnent ce vertige devenu quotidien. Parfois il me semble que tout est perdu, qu’il est trop tard maintenant, en voyant l’état du monde. Mais mes enfants passent par là et cette idée me fuit vite, la honte me submerge. Alors je crois encore à un possible. Je ne mets plus d’autres mots, l’article indéfini un et ce mot, possible, dont j’aime l’ouverture même si elle reste malgré tout étroite.

Mais il est l’heure de partir à la manif…

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CQI 575/15.11.2017/9h05

Dans la lecture des 76 clochards célestes, de Thomas Vinau. Il y a une réelle émotion à lire ces portraits d’écrivains, d’artistes, de musiciens, la plupart disparus. Aux personnalités singulières, des « déglingués et des allumés » comme il le dit si bien. Les textes sont courts et rendent ces vies encore plus éphémères, accentuant l’intensité de ce qui est décrit.  Il y a une vraie tendresse dans ces mots. Cela m’a rappelé, bien modestement, ces petits portraits que j’avais fait des amis pour mes quarante balais. Comme pour baliser un peu le chemin. Je crois que j’ai très envie de me projeter de nouveau là-dedans, pour les cinquante. Mais ils ne sont pas encore là… J’ai le temps ?

CQI 574/10.11.2017/9h05

Le matin le réveil et la voix qui émerge à peine, les mots qui s’articulent péniblement. Il faut un échauffement que le reste du corps ne semble pas désirer. Je regarde tout autour et rien ne semble avoir changé, les quelques heures qui me séparent de mon endormissement ont été comme inexistantes. Je me regarde et je ne vois pas ce défaut de langue, je ne vois pas ma voix peut-être justement parce que je l’ai perdue cette nuit. Je ne perçois qu’un râle, je m’entends marmonner en me demandant si je peux vraiment être compris. Il faudrait quelques éclaircissements, et le thé chaud me les apporte, je me mettrais presque à chanter sous la douche qui finit de laver les rêves qui déjà ne faisaient que transparaître dans ma mémoire transie. Comme beaucoup j’aimerais changer de voix. Mais voilà.

CQI 573/07.11.2017/10h54

Winter is coming, de Pierre Jourde, parlant de son fils disparu à vingt ans :

Les inconnus qui viennent encore fleurir ta tombe un jour ne viendront plus. Ou ils tomberont malades, ou ils mourront. Tu continueras à t’amenuiser derrière nous, toujours agitant la main du même mouvement d’adieu. Nous n’y ferons plus très attention. Jusqu’à ce moment enfin où, d’éloignement en amenuisement, de disparitions en oubli, il ne restera plus personne sur cette terre pour penser à toi, plus personne pour conserver ton souvenir, plus personne pour savoir à quoi ressemblait ton sourire. Semblable en cela à tous les hommes, oui, mais tu n’es pas tous les hommes pour nous.

Christian Boltanski disait que nous mourons deux fois, la première réellement et la seconde quand plus personne ne nous reconnaitra sur des photographies. Nous discutions l’autre soir de la possibilité (la volonté ?) ou non de relativiser. Ou comment arriver encore à rester léger, loin de la lourdeur du monde… et loin aussi des « lourds » !