CQI 546/25.06.2017/8h59-9h14

Un léger étourdissement. Les jambes qui ne suivent plus trop. Pourtant autour tout semble normal. Les rythmes des pas sont habituels. Les passants me dépassent. Je sens mon esprit comme me survolant et ne sachant plus comment me guider. Je sais que la vie m’entoure mais je sens aussi sa fragilité, je voudrais décupler des forces que je n’ai pas pour l’aider à poursuivre une route sereine. Et longue. Mon ventre se recroqueville, se replie comme pour mieux garder en lui quelque secret de vitalité. Je me déplie m’étire comme pour mieux en révéler le mystère. Mais bien sûr il reste entier. Et moi démuni. Posé là sur le trottoir sans plus avancer, attendant que rien n’arrive.

CQI 545/24.06.2017/10h49-11h04

Je me souviens de ce temps où, il y a quasi trente ans, en plein après-midi, par trente degrés, je sortais en tenue adéquate pour me rendre sur un court de tennis. Nous jouions tout l’après-midi, la chaleur ne nous faisait pas peur, le corps suait tant et tant mais c’était comme si cela le revigorait, ces efforts, ce cycle de l’eau. Cela pouvait durer quatre heures, toujours avec les mêmes. Il y avait ce gars si fort en maths mais tellement timide, qui arrivait à faire passer les balles au travers du grillage tant il tapait fort. C’était comme si tout ce qu’il ne parvenait pas à lâcher dans la vie il l’expulsait au travers de cette balle jaune. Je me spécialisais dans l’amortie pour contrer sa puissance car il ne courait pas très vite. En y repensant nous ne partagions pas grand chose, c’était une amitié un peu irréelle, sans grande explication, comme nous en connaissons parfois ou l’observons chez les autres, en nous demandant pourquoi, tiens, telle personne est amie avec une autre. Cela n’a rien à voir avec la durée, qui n’a pas connu ces relations intenses qui ne durent que si peu ?

CQI 544/23.06.2017/8h00-8h15

Ça colle. La nuit torride ne provoque pas ces élans érotiques que seules les fictions peuvent créer en donnant cette impression d’un moment à nul autre pareil. Ça ne colle pas à la réalité. Un filet d’air surgit comme une source d’eau fraîche dans le désert : un mirage de plus. Tout est lent : tout élan est brisé par cette montée de la température au moindre geste. Les esprits s’échauffent aussi facilement. La nuit porte les voix des cerveaux qui fondent et réveillent ceux qui gardaient l’espoir de dormir longtemps. Les visages viennent emplir les fenêtres qui ne se ferment plus. Les casaniers se dévoilent à la faible lueur des lampadaires. Chaque soir voit les corps se laisser tomber sur les sols froids, loin des canapés collants.

CQI 543/19.06.2017/7h51-8h06

Il y a longtemps j’avais lu une réflexion d’un chercheur, il disait, c’était il y a plus de dix ans, que nous étions en train de passer du « tout le monde lit » au « tout le monde écrit »… En se promenant sur les réseaux sociaux on constate bien que le phénomène a pris une réelle ampleur, et que tout ce qui est écrit n’est pas forcément lu. La mode des commentaires est aussi le signe que l’écrit a pris le pas sur la lecture, dans un système de rebonds propres à la navigation sur Internet. Les réactions à chaud priment sur la réflexion la plupart du temps : il est facile de se laisser prendre à ce petit jeu, d’autant plus que la distance imposée par la virtualité de ces échanges permet davantage de laisser aller dans les propos. Exactement comme en voiture, quand les réactions sont exacerbées par cette étrange impression d’être protégé dans un lieu à part, loin des autres que l’on peut ainsi invectiver plus « librement ». Il faudrait reprendre le temps de se poser…

CQI 542/16.06.2017/8h34-8h49

Chacun dans la chaleur étouffante du métro semble passer là comme un fantôme. Une vague impression de me retrouver dans l’un de ces films d’anticipation prédisant une vie urbaine accablante et glauque. J’essaie d’inspirer davantage pour essayer d’attirer une fraicheur qui n’existe pas. Je me demande comment personne ne tombe dans les pommes. C’est que finalement nous devons être plus en forme que ce que nus croyons. Pourtant les pastis de la veille viennent narguer les pores de ma peau, je sens les effluves anisées remonter jusqu’à mon visage comme en un cycle infernal. Je considère la moindre personne qui passe devant moi et brasse un peu d’air comme un sauveur. Mais, imaginant les millions de gouttelettes de sueur simplement dans cette rame, ça me fait froid dans le dos. Presque un bonheur…