CQI 671/16.02.2019

Outre cette lancinante question posée à chaque écoute, Aquaserge ?, à laquelle il est toujours préférable de ne pas essayer de répondre, d’autant plus que dans Aquaserge il y a aussi aqua, et que l’eau n’est pas mon dada — le cheval non plus d’ailleurs — aussi bien pour m’y tremper — encore que je rêve de ces parties de ping pong aquatique dont me parle l’ami A — que dans l’idée de la boire seule et abandonnée par son ami jaune — qui devient définitivement la couleur tendance —, il est tout aussi obsédant de se laisser porter par cette musique —comme l’eau me porte quand j’ai pied, quand je sais où je mets les pieds — qui sait mêler si habilement tant d’influences et de genres, de la chanson au jazz, du rock à l’improvisation. L’écoute en devient un frisson sans cesse renouvelé comme se renouvelle chaque morceau offert comme une nouvelle surprise dans laquelle chaque musicien trouve sa place — on croit trouver un leader au moment où sa place est prise — sur une scène où les plans — scéniques et sonores — se superposent sans hiérarchie. Si je ne sais toujours pas à quoi je sers, je crois que j’ai compris combien, eux, servent la musique, et construisent le bonheur d’être là, ensemble.

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CQI 670/15.02.2019

Arriver encore à trouver un petit bonheur dans le ciel bleu quand cet air jaune de l’atmosphère surgit. Désirer se mettre au vert de temps en temps, loin de tout, pour récupérer d’avoir vu rouge chaque matin devant les actualités. Bien séparer les jaunes des blancs, des trop blancs. Ne plus broyer du noir sans espérer non plus voir la vie en rose.

CQI 669/14.02.2019

Tiens je ne m’étais jamais penché sur l’origine de la Saint Valentin… C’est assez drôle cette fête dont l’origine remonte au XIVe siècle et qui a comme référence le moment où les oiseaux s’apparient. Sans doute avec amour ce jour-là… Elle reprend étrangement dans les termes une tradition qui pourtant était fortement condamnée par l’église : le valentinage, qui au Moyen Âge, autorisait les femmes — tiens, on ne se pose pas la question pour les hommes ? — à avoir un jour de liberté extra-conjugale avec un « valentin »… Un jour par an, voilà une liberté peu commune. La coutume voulait que celui-ci soit tiré au sort, mais d’où sortait-il, n’était-il pas lui-même marié ?… Bien sûr, sans surprise, la version commerciale de cette fête nous vient des États-Unis, au XIXe siècle, et fortement édulcorée.

CQI 668/13.02.2019

Ces moments que nous voyons passer paraissent toujours éphémères, comme si finalement nous n’avions rien vu passer. Et que comme toujours le passé l’emportait sur le présent. Il y a quand même pas mal de moments que nous n’avons pas vraiment envie de voir durer, alors peut-être que nous nous y retrouvons, qui sait ? Et les souvenirs sont les plus beaux habitants de notre présent.

Des spectres hantent l’Europe

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Un film peu commun dans sa manière de montrer qui pourtant questionne profondément la notion de « commun ». Il n’est pas nécessaire d’ajouter des commentaires à ces images, ce verbiage présent partout et qui empêche de voir et de penser. Ici, dans le camp d’Idomeni, il n’y a que des plans fixes et de longues séquences qui prennent la mesure du temps. Des minutes, des heures interminables à attendre que la frontière veuille bien s’ouvrir. Cette frontière d’une Europe repliée et peureuse. Des trains passent qui rappellent ceux d’autres camps, qu’on aimerait d’autres temps. Alors on les bloque. Seul petit pouvoir en ce lieu retiré. La pluie tombe, les imperméables verts deviennent un uniforme qui finit par créer une unité. Les paroles surgissent, les revendications s’affirment et brisent les éternelles files d’attente qui rythment les journées. Les plans fixes rendent le hors champ omniprésent, il s’y passe toujours quelque chose que l’on entend, que l’on perçoit. Mais contrairement à ce qui chaque jour en tout instant doit être montré dans les moindres détails au travers de tous les médias, ici il y a beaucoup de choses que l’on ne voit pas, même quand la caméra filme mais que ce qui se passe est trop éloigné. Tant pis, nous ne nous approcherons pas dans un réflexe voyeuriste, la scène se terminera sans que nous « sachions ». La plus longue partie du film consiste donc à nous montrer comme un état du camp, statique comme l’est la caméra. Et semblant sans issue. Puis subitement les images changent, une caméra 16mm a pris le relais, le noir et blanc succède à la couleur et les mots de Niki Giannari sont lus. Apparaissent des visages souriants, des enfants qui jouent. Des femmes, des hommes nous regardent et… nous accueillent. Débarrassés de leurs uniformes verts la beauté de leur présence éclate, prend des couleurs dans ce noir et blanc argentique qui rend les images numériques précédentes froides comme l’est la réponse de l’Europe à ces personnes ayant fui leurs pays. A la poésie du texte magnifique, magnifiquement engagé, de Niki Giannari, répondent ces êtres qui nous révèlent une humanité que les images paraissaient ne plus pouvoir montrer. La caméra de Maria Kourkouta ne se fait pas oublier, bien au contraire, elle est là pour que nous regardions et pour que ce que nous voyons nous regarde. Rien d’étonnant à ce que Georges Didi-Huberman, aux textes également de plus en plus engagés, ait été touché par ce film et en ait fait un livre, Passer, quoi qu’il en côute