CQI 559/15.08.2017/7h27-7h42

La plage offre aux errements adolescents des rencontres parfois pleines de poésie. Je ne me souviens cependant pas en avoir vécu de tels, mais ma mémoire cherche peut-être à me cacher ces purs moments de magie. Et puis aujourd’hui la communication est plus riche, elle permet de revenir sur ce qui a été vécu, de mettre des mots par écrit sur ce qui n’a pas été dit, par timidité. Les sms peuvent avoir cette force que les balbutiements de l’oral atténuent souvent. La poésie est maintenant sans limite, en voici la preuve, avec ce petit message qu’on n’a pas résisté à me communiquer, merci à ceux qui connaissent mon amour des mots : « Je crois yeh que tu ta vai attaché à moi ». Rien de plus à dire, non ?

CQI 558/14.08.2017/7h28-7h43

L’été passe comme chaque fois avec cette mauvaise manière de n’être déjà plus que ce qui a été. Les vacances prévues sont comme les souvenirs dont nous rêvons. C’est pourquoi j’aime tant revenir sur les images de ces instants vécus. Et que, même, prendre une photographie c’est comme anticiper mon regard futur sur ce moment, tenter de capter à l’avance l’émotion que cela suscitera. Souvent pourtant je me laisse surprendre par ce qui est ainsi saisi, et surtout par ce qui entre temps aura pu advenir et modifiera sensiblement ce que je pourrai ressentir ou dire devant cette image. Les histoires défilent ainsi sous mes yeux, reconstituées, oubliées, inventées, recomposées à l’aide d’une mémoire dont la fragilité de ce qu’elle construit et déconstruit quotidiennement ajoute au trouble de chaque nouveau jour, quand ce qui a été, insolemment, annonce une victoire inexorable sur ce qui sera.

CQI 557/12.08.2017/7h47-8h02

Le matin surgissent ces visages, et en particulier celui-ci que je ne reverrai plus. A peine sorti de cette nuit qui m’a fait parcourir d’étranges contrées imaginaires, dans lesquelles tout se mêlait, tous se mêlaient, je suis désorienté par ces images qui me viennent et me plongent dans une sombre réalité. Comme s’il fallait, les yeux à peine ouverts, que le réel impose ce qui est douloureux, me laissant une journée pour tenter de bâtir ce qui pourrait être beau, ce qui unit, ce qui me ferait rire, ce qui nous ferait rire ensemble. Seul dans mon réveil anticipé les souvenirs entament un étrange dialogue avec l’avenir, ils composent une base sur laquelle je sens que je peux m’appuyer, malgré toutes les douleurs. La construction en est paradoxale, mais à l’image de la vie.

CQI 555/16.07.2017/11h59-12h14

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Le ciel était souvent gris par ici. Comme si une volonté de ne pas laisser le bleu tout envahir était plus forte que tout, les changements perpétuels de temps devenant comme un principe. Partout s’opposent la nature et des traces humaines comme maladroites. Je crois sentir le poids d’une histoire qu’on cherche à dissimuler, ou à édulcorer, comme en passant la vision de ce bâtiment-musée autour des mines d’argent, aux formes qui évoquent tout sauf le travail d’un mineur. Mais ces maladresses sont touchantes, car malgré tout on sent qu’elles viennent d’une sincérité non feinte, exactement comme les coloris étranges choisis pour beaucoup de maisons dans les villages, des teintes qui rappellent celles de l’Alsace voisine mais sur des constructions pas du tout typiques, pas de colombages ici, aucun style particulier décelable, sans doute en raison des destructions liées à la guerre. Peut-être que tout simplement tout s’est fait naturellement, de la même manière qu’ici les gens parlent, ou vous regardent.