CQI 566/19.09.2017/…-7h03

Nous voilà donc partis sur les routes de l’Ain à la recherche d’un lieu dévoilé tardivement, ce qui faisait partie du jeu, par Outrance, cette association au joli jeu de mot qui organise donc un week-end consacré à ce qu’on appelle psytrance, ou pour les vieux qui aiment les noms complets, trance psychédélique. Nous traversons le fantomatique village de Mollon, et passons comme dans un film, au ralenti (comme si le ralentisseur était fait pour provoquer un émoi cinématographique) devant la salle des fêtes au traditionnel éclairage aux néons. De grandes tablées et sans doute tout le village réuni ici tant la rue principale (unique ?) est déserte à cette heure, il est autour de 20h30…

L’auberge du Mollard, un peu plus loin, est un repère pour trouver le terrain où se déroulent les hostilités. Nous empruntons le chemin conduisant à l’auberge au doux nom ouvrant l’appétit. Hélas il nous faut faire demi-tour, certes nous entendons le boum-boum juste derrière mais le chemin s’arrête au Mollard, donc on repart. Effectivement plus loin sur la route une silhouette à cornes agite une lampe, comme s’il était évident que nous nous rendions sur le lieu auparavant secret. Échange drôle avec un jeune homme déjà parti dans d’autres mondes mais qui peut encore nous indiquer qu’il suffit d’aller tout droit. Ce que nous faisons bien volontiers. Cette fois c’est une jeune fille aux peintures de guerre qui nous accueille, me tutoie et me dit, encore, d’aller tout droit sur le parking, qui est en fait un champ. Discipliné, je file donc tout droit et je manque de détruire les limites de fortune créées par des bandes de signalisation fluo. Le vieux se fait une fois de plus remarquer, faisant marche arrière en plein champ. Qu’à cela ne tienne, de toute façon ici nous ne passerons pas inaperçus. On m’a demandé de repérer un « faux blond » qui m’indiquera où me garer. Il est effectivement là, agite une lampe vers moi, de peur sans doute que je file directement en voiture jusqu’à la scène en détruisant les barrières au passage. Il me demande de me coller à la dernière voiture de la rangée, comme s’ils attendaient encore des milliers de véhicules. Là encore je fais ce qu’on me dit, même si derrière nous l’immense étendue du champ nous permettrait d’organiser un tournoi de foot.

Nous sommes donc arrivés, il fait déjà plutôt frais et humide, un étang est juste à côté, nous sommes dans l’Ain ça ne fait pas de doute. Après la fouille réglementaire et les sourires amusés devant nos gueules plus que quarantenaires, une nouvelle squaw me bondit dessus en s’étonnant d’abord : « mais tu es vieille » me dit-elle… Je lui réponds que oui, effectivement, elle a bien observé. Elle se colle à moi, me disant qu’elle a perdu ses potes et qu’elle est complètement défoncée. Elle nous suit donc, ou plutôt s’accroche, cherchant à connaître nos prénoms, demandant si nous avons accompagné nos enfants, bref, déjà je me dis que la soirée se passera en sa compagnie forcée quand un pote arrive et lui dit « mais t’étais où vieille meuf ça fait une heure que je te cherche ?! ». Non mais…

Devant la scène une cinquantaine de personnes dansent. Nous attendons le fils de M, ce n’est effectivement pas par hasard que nous nous sommes retrouvés ici. Le voici, pour un set d’une heure trente. Un son énergique, ça oui, des basses, des breaks… M danse, adore, s’éclate. J’observe les différentes manières de danser devant nous, de ceux qui comme moi laissent leurs jambes bien campées sur le sol et se trémoussent légèrement à ceux qui virevoltent sur l’herbe avec une énergie sans doute décuplée par quelques substances. Il y a aussi ceux qui sont déjà assis, voire couchés… Le temps passe, le froid monte, un petit burger pour se remettre et hop, les vieux se cassent, il est minuit. Sur le chemin nous croisons deux mamies une bière à la main. Je me demande si je n’ai pas moi-même avalé un truc sans m’en rendre compte… Heureusement nous avons échappé au barrage de flics de l’après-midi c’est déjà ça…

« Vous partez déjà ? », nous dit-on à plusieurs reprises… « Oui, on a un bal musette à Mollon »…

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CQI 565/18.09.2017/8h49-9h04

C’est comme une période où la pensée fuit comme pour ne pas se perdre. Où les oppositions trop fortes assomment et ôtent toute énergie. Le long fleuve tranquille s’est éloigné et je ne sais pas si son cours déviera de nouveau par ici. Les expressions à contresens n’aident pas davantage à le retrouver. L' »esprit d’équipe » surgit ainsi par surprise, par derrière, ne veut plus rien dire, ou sert d’arme malhabile pour se défendre. Comme le coup fatal que donnerait le torero pour achever le pauvre taureau. Alors il faut porter le regard ailleurs, là où justement les idées surgissent, la création nait et anime l’esprit. Le lendemain de l’arène le bonheur d’une plongée dans des œuvres d’art, si agréablement commentées, redonne espoir. Mais les îlots de résistance se font-ils de plus en plus rares ? Le dernier village gaulois ne fait pas forcément rêver…

CQI 564/11.09.2017/7h14-7h29

Les discussions qui durent les mots qui fusent le sens qui s’éparpille la contradiction qui surgit le ton qui monte la voix qui chevrote la ronde qui tourne les choses qui avancent (?) la réaction de trop celle qui aurait dû avoir lieu les pleurs les cris les silences le retour en arrière les comparaisons les émotions l’avenir effrayant le futur envisagé le quotidien qui plombe les yeux embués le corps qui se lève qui se rassoit qui disparait un temps le retour en fanfare la cacophonie l’écoute mutuelle la compréhension. Et puis la pièce qui se vide, les sièges abandonnés, le silence presque pesant, l’envahissement de l’espace libéré des voix et des êtres, la nostalgie déjà des discussions qui durent des mots qui fusent du sens qui s’éparpille…

CQI 562/06.09.2017/8h26-8h41

C’est étrange comme les mots peuvent me manquer sans nous manquer. Ou comme je sais ce que je ne dois pas faire sans trop savoir quoi faire. Un peu comme si l’existence au final n’était que ce passage, bien connu, mais dont on ne sait plus quoi dire une fois qu’il a eu lieu. Tout est alors trop tard. Les mots ainsi qui ne sont pas survenus, je ne sais s’ils auraient été les bienvenus, si quelque part des yeux attentifs les auraient saisis ou si au contraire ils auraient filé comme une étoile dans le ciel, à peine captés, au sens évanoui avant même d’apparaître. J’ai même déjà oublié ceux que j’aurais pu écrire, ils ont fui leur propre existence. Un surcroît de réalisme ?